A l'heure de la grande aventure écologique, qu'il est bon de se sentir mieux après avoir trié sa poubelle, après avoir été à pied à la boulangerie plutôt que d'avoir pris la voiture. Prendre l'air,
faire un effort physique, se donner le temps du voyage. Un bon début!
Nos efforts quotidiens sont-ils utiles?
Ces faux-semblants de responsabilité ne sont-ils pas plus de l'ordre de la déculpabilisation? Sont-ils vraiment source d'un comportement préalable à un changement suffisant de nos modes de vie pour
conserver une planète, et surtout, pour sauver les millions de personnes dont la vie est précaire par nos excès?
Tout d'abord, recycler, marcher, bref éviter les pollutions directes, reste essentiel mais ça n'est que le préalable nécessaire à un changement réel car, en tant qu'actes respectant les victimes
(le pêcheur du bout du monde qui subit la desertification, le fermier habitant à 200 kilomètres qui voit ses récoltes détruites par des aléas climatiques, nous et nos poumons gorgés de particules
fines émises principalement par les diesels[la Belgique est un des pays les plus exposé au monde]), ils restent des actes malheureusement tout à fait négligeables humainement et écologiquement.
L'interêt de ces comportements restent dans la mise en pratique d'une prise de conscience de notre impact négatif sur l'environnement (humain et naturel).
Changer nos modes de vie, une perte de confort?
Changer notre mode de vie, ça n'est pas retourner à l'âge des cavernes. C'est simplement ralentir la consommation. Arrêter d'aller chercher dans l'augmentation des acquis matériels le confort de
vie dégénéré par la perdre des acquis sociaux et sociétaux. (Je ne vais pas faire une tartinne sociologique que je serais incapable de faire sur la nucléarisation des individus, sur la concurrence
entre ces noyaux que ça soit sur le marché du travail, sur nos schémas de pensée profondément enracinés vers nos «besoins élargis de consommation» qui sont modifiables, comme ils l'ont toujours
été, moyennant changements progressifs de nos modes de vie, ..). Une chose est sûre, il n'y a pas de corrélation entre l'augmentation fréquente de nos salaires et le sentiment de bien-être dans la
population belge (il n'y a pas de raisons que ça soit différent ailleurs mais je n'ai l'étude que pour notre joli petit pays, étude fournie par un économiste de la BNB). Nous avons atteint, depuis
un bon moment, malgré notre course «en avant», les limites de confort apporté par la richesse matérielle.
Ca me rappelle la théorie économique des rendements décroissants, théorie connue depuis que l'homme cultive [plus d'investissements -> plus de rendement -> plus d'investissements -> un peu
plus de rendement -> plus d'investissements -> le même rendement -> plus d'investissements -> moins de rendement]. que l'on pourrait appliquer à la consommation et à la satisfaction que
l'on en retire [plus de consommation -> plus de bien-être -> plus de consommation -> un peu plus de bien-être -> plus de consommation -> le même bien-être -> plus de consommation
-> moins de bien-être].
En bref, changer notre mode de vie, revenir à un mode de vie raisonnable, ne serait en fait que retrouver un équilibre de vie. Il s'agit aussi d'un bien-être personnel à retrouver. Combien d'êtres
humains se sentent mal? Combien sont sous pression (professionnelle, familliale, psychologique, ...)?
Quel est le rapport entre la consommation et la pollution?
Lorsque l'on parle de rouler en voiture, c'est l'évidence même car la pollution est "directe". Consommer revient à jeter son papier à côté de la poubelle, à aller en voiture chez le voisin, .. tant
de choses inacceptables, mais simplement moins perceptibles.
Je prends un exemple tout à fait fictif mais très classique. J'achète un lecteur mp3 en promo, je fais la fameuse «bonne affaire». Je vais enfin pouvoir écouter ma musique dans le train.
Il faut savoir que ce lecteur MP3 vient probablement de Chine, d'Inde, .. Ca nous fait déjà quelques kilomètres en avion, admettons en bateau si l'écologie a un peu de chance. Avant de l'envoyer,
il a fallu le fabriquer et l'emballer mon beau lecteur mp3! Ca veut dire du carton, du plastique (dérivé du pétrole, petit rappel), des minerais provenant de mines (fer, cuivre, et autres..), de
l'électronique (provenant d'industries de haute technologie qui sont très énergivores et donc extrêment polluantes, bien plus que moi dans ma voiture, alors qu'on me fait culpabiliser si j'ose la
prendre un soir de fatigue durant lequel j'ai la flemme d'aller au centre poster une lettre), .. Tout ça venant le plus souvent de pays différents (afin de réduire les coûts, et c'est légitime, je
tiens à le préciser! Qui souhaite augmenter les coûts de son produit? Personne! Ca n'est pas les gens et les entreprises qu'il faut vouloir changer mais les structures dans lesquelles elles
s'installent). Je vous laisse imaginer la facture CO2 globale de cet achat.
La pollution est ici indirecte donc.
Je ne suis pas coupable
Par cet acte commun (des millions de lecteurs mp3 sont vendus) d'achat futile, j'ai participé la destruction de l'environnement des êtres humains. Certes à mon échelle! Mais tout le monde se fait
la même réflexion, en restant apathique. Je dirai que «Nicolas a acheté une voiture», Nicolas me dira que «Patrick a acheté une grosse voiture, c'est lui qu'il faut embêter» mais Patrick me dira
«Des entreprises comme GMC achètent des millions de tonnes d'acier, de pneus, de.. C'est aux entreprises qu'il faut s'en prendre!», les entreprises diront «Nous produisons ce que les gens veulent
consommer», et Nicolas me redira que «Patrick...».
La seconde phase de notre consommation
On peut bien entendu encore aller plus loin. Ca peut parraître excessif mais c'est une réalité. En l'occurence, la marque MUSIQUE FUN ( :) ) du lecteur reçoit mon argent. Théoriquement ce qui suit
est +/- valable, pratiquement, c'est plus compliqué mais le résultat reste le même.
Mon billet de 50€ arrive à l'entreprise et participera (de façon émiettée, mais comme tous les éléments à prendre en compte dans cette note, il s'agit d'une consommation de masse, un petit
comportement se voit multiplier des millions de fois) au salaire ou au bonus des dirigeants de l'entreprise. Cet argent sera à nouveau dépensé probablement dans de belles vacances en avion autour
du monde, à l'achat de son 5ème constume Louis Vuitton, .. Achats qui relancerons le cycle de consommation et de pollution que j'évoquais ci-dessus.
Le "Où va mon argent?" peut tout faire changer
Toutes les entreprises ne sont pas comme ça, mon argent va aussi à des employés raisonnables, heureusement! Et surtout, justement! Au-delà de consommer moins et de consommer mieux, il faut
considérer lors d'un achat à qui l'argent est confié. Acheter ses légumes au marché si possible en sachant d'où viennent les produits et qui sont les vendeurs. Acheter le pain à la boulangerie du
coin plutôt qu'en grande surface, .. Plus cher? Oui, mais de meilleurs qualités. On consomme moins, en payant plus, mais au lieu de manger une baguette industrielle, vous n'aurez besoin que d'une
demi baguette artisanale (et encore, si vous êtes bon mangeur), au lieu de manger une pomme et un biscuit de grande surface, vous n'arriverez pas à finir votre pomme, .. Je parle d'expériences
vécues, pas de paroles en l'air. Mieux manger, ça veut dire moins de frais de santé, un bien-être, .. Un investissement à long terme. Des petits actes, là aussi, qui sont la mise en route de grands
changements. Exactement comme nos petits actes destructeurs ont mis en route de grandes destructions auparavant.
Et maintenant?
Que faire? J'attends? Je refuse d'assumer ma part de dégâts infligés à des hommes qui ne demandent qu'à vivre? Qui viennent en Europe, chassés par la desertification de leurs cultures et que je
veux interdire de séjour car trop pauvres que pour éviter les ennuis en vue d'obtenir les autorisations?
Bien sûr, je mêle les problèmes, car ils sont liés! Je détruis le climat, ils en paient les conséquences et je refuse de les aider. Bien entendu, ça n'est qu'une partie des demandeurs d'asiles,
sans-papiers, immigrés qui sont dans ce cas mais d'autres explications, plus socio-économiques expliquent relativement simplement la migration des populations vers d'autres terres.
Accuser les individus n'est pas suffisant
Je tiens finalement à préciser que l'aspect très culpabilisant envers les individus qui est présent dans cette note à sa part de réalité mais ne suffit pas.
Un système économique s'auto-entretient (Comme toute institution à tendance à le faire. Créez un ministère quelconque, vous verrez que le personnel qui en profite fera tout pour éviter qu'on le
ferme un jour, quand bien-même il serait désuet. C'est naturel) et c'est lui qu'il faut changer. Il ne s'agit donc pas de nous faire culpabiliser mais de nous faire prendre conscience de
l'inconscience de nos comportements. Une fois cela fait, se demander pourquoi on agit ainsi. Vous constaterez qu'on retombe, au final, sur notre système socio-économique actuel qu'il s'agira, à
terme, de remettre en question.
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